part de mon intention d’engager une institutrice, rétorqua-t il.
— Mais tu avais omis de préciser qu’elle s’installerait à demeure. Quel âge a-t elle ?
Cooper fronça les sourcils.
— Trente et un ans, je crois.
— Jolie ?
Sa patience s’effritait de seconde en seconde.
— Son apparence physique importe peu. Ce qui compte, ce sont ses compétences professionnelles.
— C’est bien mon avis.
— Que veux-tu dire par-là ?
— Rien. J’aimerais seulement savoir quel genre de femme s’occupe de ma fille.
— Meredith est douce, patiente, et très compétente. Holly n’a jamais aussi bien travaillé.
— Une vraie perle, si je comprends bien, ironisa Tina. Cooper garda le silence.
— Je veux que Holly vienne chez moi en août, comme prévu.
— Pas question !
— Cooper…
— J’ai la garde de Holly, Tina. C’est toi qui l’as voulu. Ta fille aurait entravé ta carrière, tu te souviens ? Tu as admis toi-même qu’elle serait mieux avec moi.
— Mais je veux la voir !
— La dernière fois que je te l’ai confiée, tu as failli la tuer. Si tu ne l’avais pas emmenée à cette soirée, elle n’aurait pas été blessée dans l’accident !
— Je suis sa mère, Cooper. J’ai le droit de la voir.
— Alors viens ici. Annule tes rendez-vous pour lui accorder un peu de ton précieux temps.
— Je vais t’attaquer en justice, menaça-t elle.
— Tu peux toujours essayer. Mais je te rappelle que c’est toi qui es partie, toi qui as abandonné notre fille. Les juges apprécieront.
— En es-tu si sûr ? Tu n’as pas toutes les cartes en main, Cooper. Après tout, tu vis en concubinage, à présent.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne vis pas avec…
Il réalisa brusquement qu’il parlait dans le vide. Son ex-femme avait raccroché.
Cooper se tenait devant l’évier, encore vibrant de rage, quand Meredith entra dans la cuisine. Elle lui lança un bref regard, et comprit que quelque chose n’allait pas.
— Voulez-vous que je vous laisse ? J’allais préparer le déjeuner.
Il serra les poings, comme pour empêcher sa colère d’exploser.
— Mon ex-femme prétend m’enlever la garde de Holly. Déjeuner est le cadet de mes soucis, articula-t il d’une voix âpre.
Au lieu de battre en retraite, Meredith s’avança.
— Comment puis-je vous aider ?
— En greffant une conscience à Tina pour qu’elle comprenne enfin ce qu’elle a fait à Holly.
— Ou ce qu’elle vous a fait à vous.
Il secoua la tête, admirant en lui-même le sang-froid avec lequel elle lui tenait tête.
— Cela n’a rien à voir avec moi.
— Je suis persuadée du contraire.
— Vous n’avez aucune idée de ce que je ressens, articula-t il du bout des lèvres.
— Oh si. Je connais la souffrance qu’engendre un divorce. Et je sais que, si vous ne vous en libérez pas, elle finira par empoisonner toute votre vie.
Meredith prit doucement la main de Cooper dans la sienne, et referma ses doigts autour de son poing serré.
— Laissez-la s’évacuer, Cooper.
Sa voix était douce et apaisante, comme une pluie tiède sur une plaine craquelée par le soleil.
— Meredith…
— Ne la gardez pas en vous.
Ses prunelles vertes le fascinaient tout autant que son contact. Quelque chose se dénoua au plus profond de lui-même et ses poings se desserrèrent lentement.
— Tina menace de me traîner en justice, mais elle n’a aucune envie d’obtenir la garde de Holly. Elle n’en a jamais voulu. Elle se souvient de sa fille quand ça l’arrange.
Il secoua la tête et reprit à voix basse :
— Pendant toute mon enfance, j’ai entendu mes parents se disputer comme des chiffonniers et je me suis juré que mon mariage serait parfait. Aucun conflit. Les mêmes valeurs. Mais sitôt après la naissance de Holly, Tina a décrété qu’elle n’aurait pas d’autre enfant et elle s’est mise à écrire. Elle m’a exclu de sa vie. Ensuite, elle nous a quittés sans l’ombre d’un remords pour courir après ses rêves de gloire et de fortune.
Jamais il ne s’était livré ainsi auparavant, et il se demanda de quel pouvoir magique était dotée Meredith Preston pour avoir réussi à faire jaillir son amertume comme un geyser.
— Je suis désolée, Cooper.
Il dégagea sa main, humilié d’avoir
mis son âme à nu devant elle.
— Je ne veux pas de votre pitié.
— Que voulez-vous alors ?
— De l’oxygène. J’ai de plus en plus de difficulté à respirer quand vous êtes dans la même pièce que moi.
S’il l’embrassait, la passion balayerait en lui toute autre émotion. Et il avait brusquement besoin de passion, plus encore que d’oxygène.
Il allait prendre Meredith dans ses bras quand le pas de Holly résonna dans l’entrée, le ramenant brutalement à la raison.
— J’ai une idée formidable ! claironna la fillette en entrant en trombe dans la cuisine. Pourquoi Meredith ne viendrait pas avec nous à la fête de la fraise, demain ?
Cooper recula d’un pas, et prit une profonde inspiration.
— Meredith a droit à un jour de repos, poussin.
La petite fille tira la manche de Meredith.
— Il faut venir. C’est très amusant. Dis-lui, papa !
— Non, c’est à Meredith de décider, répondit-il en formant des vœux pour qu’elle refuse.
Leur attirance réciproque risquait de leur poser un nouveau problème si jamais elle les accompagnait.
Meredith chercha le regard de Cooper. A quoi ressemblait-il quand il était heureux ? La flamme sombre de ses yeux s’éclairait-elle d’une multitude d’étincelles rieuses ? La ligne sévère de sa mâchoire s’adoucissait-elle ?
Vaincue par la curiosité, elle ne put s’empêcher de sourire à Holly.
— J’aimerais beaucoup venir. Je n’ai jamais assisté à une fête de la fraise. Où a-t elle lieu ?
— Sur les berges du lac, répondit la fillette. On mange des tartes à la fraise, on se promène à dos de poneys et le soir, il y a grand bal avec des lampions et un orchestre !
— Un bal ?
Cooper se massa le menton.
— Rien de grandiose, rectifia-t il avec une grimace amusée. Deux ou trois musiciens, une vague guirlande lumineuse autour du ponton…
Enthousiaste, Holly battit des mains.
— Et puis vous nous aiderez à compter les fraises. Papa abandonne toujours en cours de route.
— Excuse-moi, jeune fille, mais l’année dernière nous avons presque gagné.
— Tu parles ! On était onzième !
Il éclata de rire.
— Notre meilleur score.
Un sourire au coin des lèvres, il expliqua la règle du jeu à Meredith.
— L’un des fermiers de la région fournit une camionnette remplie de paniers de fraises. Les participants doivent deviner combien elle contient de fruits. Celui qui se rapproche le plus de la vérité gagne un bon d’achat de cinq cents dollars.
— Je suis assez forte en calcul, plaisanta Meredith. A quelle heure commence la fête ?
— Vers 10 heures.
— Alors c’est entendu. J’y serai.
Holly poussa un cri de joie.
— Génial ! On va drôlement s’amuser !
Tandis que la fillette se jetait dans ses bras, le regard de Meredith se posa sur Cooper. Son visage avait une expression indéchiffrable.
La tension était toujours palpable entre eux mais, avec un peu de chance, la fête de la fraise aurait un effet apaisant sur leurs émotions.